LES RELATIONS SOCIALES
 
 
La place de la femme au Japon


Le Japon a été classé 34ème dans le classement des pays assurant une parité hommes-femmes, en 1997.
Cela est un rang excessivement bas pour un pays développé, 2ème puissance économique mondiale. Pourtant cette inégalité n'a pas toujours existé.
De 1000 à 1600, les femmes sont totalement les libres, dotées d'une bonne éducation : beaucoup d'entre elles deviennent de fameux écrivains.
C'est en 1600 que la femme commence à voir sa liberté diminuer : le pouvoir présent alors est militaire, l'homme a droit de vie et de mort sur elle.
En 1868, début de l'ère Meiji, la femme voit ses droits disparaître à cause de l'élaboration d'un code civil (celui-ci est inspiré du code civil de Bonaparte) : elle est considérée comme incapable et doit obéissance à son mari.
En 1947, ce code est révisé : malgré tout, de nombreuses inégalités persistent.
De plus, à cause de cela, les Orientaux ont une image de la famille japonaise très déplorable : un père tyrannique et souvent absent, une mère soumise et un enfant trop studieux, renfermé sur lui-même.

Miyazaki a voulu casser ce cliché trop souvent répandu dans ces films.
Tout d'abord, précisons que dans TOUS ces films, les femmes ont un rôle très important.

La femme la plus imposante dans l'oeuvre de Miyazaki, qui défend le plus le féminisme est Dame Eboshi, dans Princesse Mononoké.


 


Cette ancienne courtisane a su avoir la force d'aller s'isoler dans les forêts denses de l'est pour y fonder sa forge.
Elle y recueille d'anciennes prostituées vendues par les maisons closes pour les faire travailler à son compte, et s'occupe de lépreux pour leur faire fabriquer des armes.
Elle est respectée et considérée par tous comme la chef des forges de Tatara. Même son bras-droit, pourtant macho, la considère comme sa chef.
Elle incarne tout simplement l'homme dans sa société, obéissant fidèlement aux ordres donnés sans se poser de questions sur la légitimité de ses actions.
Elle est l'ambition humaine, elle fabrique des armes, objets de mort par excellence, pour faire tomber la forêt.
Sa forge est presque entièrement dirigée par des femmes, celles-ci ayant un très fort caractère et ne se laissant pas marcher sur les pieds.


Mononoké a beaucoup de points communs avec elle malgré qu'elles soient ennemis.




C'est une enfant abandonnée par ses parents, sûrement à cause des batailles de l'époque (sont-ils morts ?), elle a dû se débrouiller seule pour survivre.
Elle rappelle fortement Mowgli, du Livre de la Jungle, qui a du survivre sans les siens.
Recueillie par les loups, elle fait désormais partie de leur famille et n'est plus considérée comme "humaine"
Elle défend la forêt aussi bien qu'Eboshi défend sa forge, au péril de sa vie.
Elle aussi a un très fort caractère et il n'est pas rare de la voir s'énerver tout au long du film.


Yubaba dans Le Voyage de Chihiro est aussi un de ses personnages féminins qui impose le respect.




Elle dirige seule avec une poigne de fer la direction des bains. Ces bains représentent d'ailleurs le monde du travail et place dont Yubaba au plus haut grade. Elle représente le patron tyrannique et avare, et son nom effraie tous ses employés, mis à part Haku, qui est le seul à ne pas être impressionné.
Son seul point faible? Bou, un gros bébé égoïste et capricieux. Elle ne lui résiste jamais.


Nausicaa est aussi un personnage féminin au caractère de fer.



 

Très tôt, la princesse Nausicaa a du apprendre les dures lois de la vie.
Quand ses ennemis, les Tolmèques, envahissent la vallée du vent, elle va tout faire pour sauver son peuple.
Comme Mononoké, elle est prête à mourir pour eux.
C'est une jeune fille malgré tout fragile, qui restera très traumatisée par la mort de son père. 
Elle devra aussi faire des choix difficiles pour son âge, qui changeront à jamais le court du temps.



La femme chez Miyazaki est donc l'opposé de l'éternel cliché machiste du "sexe faible". En effet, toutes les femmes qu'il met en scène possèdent une vraie personnalité, et sont bien loin des princesses niaises de Disney. Ainsi, elles n'hésitent pas à piloter des avions comme la jeune Fio, ou à prendre les armes comme Nausicaa. Miyazaki dresse un portrait très flatteur de la femme et son état d'esprit se résumerait à une simple citation du film Porco Rosso : "Les femmes sont extra. Elles bossent aussi bien que les hommes et elles sont plus courageuses".




 


L'enfant, le principal allié de Miyazaki


Si Miyazaki utilise des personnages enfantins, c'est pour transmettre son goût pour l'enfance. Le Japon est un pays qui cautionne cette éternelle jeunesse : pour être bien vu des autres, il faut être jeune. Et s'ils sont les premiers producteurs du marché mondial de jeux vidéos, de mangas ou autres nouvelles technologies, ce n'est pas pour rien. La jeunesse japonaise, c'est avant tout l'avenir du pays.
Mais Miyazaki ne cherche pas simplement à nous faire un témoignage sur la jeunesse de son pays. La vision du monde d'un enfant est bien plus optimiste, poétique et joyeuse que celle d'un adulte, et c'est ce point de vue fantastique et merveilleux que Miyazaki a voulu transmettre à son public.




 
Mei est certainement l'enfant miyazakien le plus emblématique. Elle est dotée d'un grande curiosité et malgré les ordres de son père, elle refusera de l'écouter et se laissera guider par son imagination et ses envies. Si Miyazaki utilise l'enfant comme personnage principal, c'est aussi parce qu'elle ne comprend pas encore tout du monde et qu'elle est encore naïve. La maladie de sa mère devient soudain moins dramatique quand Mei aborde ce sujet. Contrairement à sa soeur, elle ne pense pas à la mort de sa mère, mais plutôt au retour de celle ci. Elle apporte une touche d'optimisme et d'espoir au film, basé sur l'enfance du réalisateur.




 
Ponyo est aussi une fillette audacieuse et excentrique. Comme Mei, elle est très curieuse et veut tout savoir, surtout en ce qui concerne le monde des humains qu'elle ne connait pas. C'est sa rencontre avec Sosuke qui l'amènera à devenir humaine. Ponyo est un personnage toujours en action. Qu'elle soit poisson ou humaine, elle ne cesse jamais de bouger et donne un mouvement de dynamisme au film. Elle entraîne ainsi le spectateur dans ses aventures. Grâce à son amour pour Sosuke, Miyazaki peut faire le lien entre l'homme et la mer, et leur donne ainsi une chance de se "réconcilier". 




Chihiro est, quant à elle, à mi-chemin entre l'enfance et l'adolescence, et son histoire est l'évolution de son passage de la petite fille capricieuse à la jeune fille réfléchie. Elle représente le passage tourmenté de l'adolescence, avec ses interrogations, ses doutes, ses premiers sentiments et ses grandes peurs. Au départ, Chihiro est une fillette qui change totalement de vie. Elle est donc déboussolée et s'attend à de grands changements. Cette aventure à travers le pays des Dieux, le monde du travail, les sentiments amoureux, l'amitié et le respect d'autrui la rendra plus mature. Chihiro est donc la représentation pour Miyazaki de l'adolescence et de ses chamboulements.




 
Fio est une adolescente qui a su garder son âme d'enfant. Grâce à son enthousiasme et sa spontanéité qui rappelle celle d'une enfant, Fio peut vivre de sa plus grande passion : l'aviation, un domaine typiquement masculin. Elle réussit cependant à s'imposer grâce à son intelligence en la matière et sa vivacité d'esprit. C'est un véritable garçon manqué qui, dans le fond, plaît beaucoup aux homme. Son béguin pour Porco, qui représente la figure paternelle, prouve que Fio est encore une petite fille. L'innocence de la jeune fille permet à Porco Rosso de retrouver confiance en l'homme, et en sa véritable nature.


L'enfant est donc une figure importante chez Miyazaki : elle représente l'innocence et la pureté du monde. A travers les yeux d'un enfant, Miyazaki peut donner un côté plus optimiste et poétique à ses films, à la trame parfois très sombre.


La famille au Japon

La famille traditionnelle japonaise est généralement très soudée. Parfois, les enfants, les grands-parents et les parents vivent dans la même maison. Les familles de 3 générations comme celles ci constituent encore 12 % des foyers japonais. Le divorce est aussi un phénomène moins courant. La famille est donc un élément essentiel pour s'intégrer parfaitement à la société japonaise. Cependant, chez Miyazaki, les enfants sont majoritairement des orphelins ou alors avec un des deux parents absents.




 
Chihiro est certainement l'une des rares enfants chez Miyazaki à avoir ses deux parents. Cependant, ils n'ont pas un rôle important dans l'épanouissement de la fillette, et ils n'ont rien de parents modèles. Par exemple, ils se dirigeront vers le tunnel sans écouter les "j'ai peur de ce tunnel" de leur fille, et mangeront tout un tas de victuailles, la nourriture des dieux, sans se douter de quoi que ce soit. D'ailleurs, ils subissent leurs erreurs en étant transformés en cochon, ce qui n'est pas un très bon exemple pour Chihiro qui restera paralysée devant le visage porcin de ses parents. Mais l'amour qu'elle leur porte les sauvera d'une mort certaine.  



 
Même si Lisa, la mère de Sosuke, est une très bonne mère, il manquera toujours une figure paternelle au bien être du petit garçon de 5 ans. Son père est un marin qui voyage à travers le monde, et qui n'a pas beaucoup de temps pour retourner sur la terre ferme. Ces conditions de vie, parfois difficiles, poussent le petit garçon à grandir plus vite, et il a tendance à souvent protéger sa mère. Mais il reste tout de même un petit garçon qui a besoin de son père. Heureusement, passionné lui aussi par la mer, Sosuke réussit à communiquer régulièrement avec son père grâce à des signaux lumineux. La relation entre Lisa et son fils est donc très soudée, et compense le manque du père et du mari absent.


 
Dans Totoro, c'est plutôt l'inverse. La mère de Mei et Satsuki est absente, car elle est gravement malade. L'histoire du film est basée sur la véritable histoire de Miyazaki. Sa mère était elle aussi malade, atteinte de tuberculose. Comme Tatsuo, le père de Miyazaki déménagea en campagne pour se rapprocher de l'hôpital où était hospitalisé sa mère. Tatsuo représente le père idéal : malgré la grave maladie de sa femme, il garde espoir, et partage son optimisme avec ses deux filles. Il s'occupe d'elles et fait tout pour les rendre heureuse. Miyazaki casse ainsi le cliché du père qui ne sait pas s'occuper de ses enfants et de la maison quand la mère est absente.


La famille est un élément que l'on retrouve peu chez Miyazaki, ou alors jamais au complet. La famille heureuse chez Miyazaki, c'est souvent un parent, que ce soit un père ou une mère, qui s'occupe de son ou ses enfants avec tendresse et complicité. Mais il ne représente pas seulement les familles de même sang : quand il nous montre un peuple, il nous montre une famille. Ainsi, Mononoké et les loups peuvent aussi former une famille. Miyazaki définit la famille comme des êtres qui ne se ressemblent pas forcément mais qui savent se comprendre, s'entraider et s'aimer sans aucunes limites.


L'amour au Japon

Au Japon, l'amour existe comme partout. Les mariages forcés sont encore pratiqués, mais certainement moins qu'avant. Mais il existe certaines pressions sur les jeunes célibataires : se marier est un acte très important pour la vie de couple, et vivre seul est souvent mal vu. Cependant, dans les relations sociales, le couple n'a pas une grande place. Les relations privilégiées sont celles entretenues avec les collègues de travail ou les membres d'un même groupe, religieux ou familial par exemple. La sexualité est présente dans la vie des japonais, mais ils restent tout de même pudique, enfermés dans une bulle d'intimité qui leur appartient personnellement.  



 
Le couple San/Ashitaka représente l'amour impossible, comme une sorte de Roméo et Juliette des temps anciens. San vit dans la forêt, en compagnie de loups qui se sont toujours occupé d'elle. Elle fait désormais partie de leur famille et se considère elle aussi comme une louve. Quant à Ahitaka, il vit avec les Emishis, un peuple qui tente de survivre malgré les attaques de l'Empereur. Pourtant, dès qu'il rencontre San, mi femme mi louve, Ashitaka tombe amoureux d'elle, La jeune fille finira elle aussi par l'aimer différemment, ce qui lui donnera un côté terriblement humain. Mais les deux tourtereaux ne peuvent s'aimer : chacun de leur clamp est en guerre contre l'autre. La fin de leur histoire se terminera par un adieu, à la fois triste pour l'impossibilité de partager cet amour réciproque, et magique pour le respect qu'ils ont de l'autre.

 


 
Ce qui fait la force de cet amour entre Chihiro et Haku, c'est qu'ils ont besoin de l'autre pour se "trouver". Quand Chihiro rencontre Haku, elle est complètement perdue dans un monde qu'elle ne connait pas. Haku saura la guider pour la protéger, et l'aidera à de nombreuses reprises face à la terrible Yubaba. Quant à elle, elle le sauvera d'une mort certaine en déployant tous les efforts possible pour l'aider. C'est elle aussi qui lui rappellera son vrai prénom. Miyazaki nous montre ici la preuve d'un amour fort et puissant entre deux êtres qui ont su se trouver.


Les amours chez Miyazaki se révèlent souvent impossible : soit parce que les protagonistes ne sont pas du même monde, soit parce qu'ils n'osent pas s'avouer leur vrai sentiment, comme Gina et Porco Rosso, qui rêvent de l'autre et n'osent se le dire. Cependant, ces amours apportent toujours quelque chose : un profond respect envers la personne aimée, une envie de la protéger et une grande part de tendresse. 
 



Créé avec Créer un site
Créer un site gratuitement